Le 6 janvier 2026, le gouvernement luxembourgeois a déposé le projet de loi n°8676, présenté comme la plus importante refonte de l’architecture fiscale du pays depuis un siècle et demi. Suppression des classes d’impôt, imposition individuelle, nouvelles déductions, hausse des cotisations de pension : les changements s’étalent de 2026 à 2028 et concernent directement les entrepreneurs, les gérants de société et leurs salariés. Voici ce qu’il faut retenir, année par année.
Le calendrier de la réforme en un coup d’œil
| Mesure | Entrée en vigueur |
|---|---|
| Hausse des cotisations de pension (24 % → 25,5 %) | 1er janvier 2026 |
| Plafond de prévoyance-vieillesse porté à 4 500 € | 2026 |
| Abattement AMVP (travail après droit à pension anticipée) | 2026 |
| Droit à la déconnexion obligatoire en entreprise | 4 juillet 2026 |
| Imposition individuelle — fin des classes d’impôt | 1er janvier 2028 |
2028 : la fin des classes d’impôt 1, 1a et 2
C’est la mesure phare du projet de loi. À partir de 2028, le système actuel des trois classes d’impôt disparaît au profit d’une imposition individuelle avec un barème unique. Chaque contribuable sera imposé sur ses propres revenus, indépendamment de sa situation matrimoniale.
Deux chiffres à retenir :
- La tranche de revenu exonérée passerait à environ 26 650 € par an, soit près du double du seuil actuel (13 230 € en 2025).
- Le crédit d’impôt monoparental serait porté à 4 008 €.
Les couples mariés avant le 1er janvier 2028 ne sont pas laissés de côté : un régime transitoire très long leur permettra de conserver l’imposition collective, selon le texte jusqu’en 2052. Chaque ménage pourra donc comparer les deux régimes et choisir le plus avantageux pendant la transition.
Ce que cela change pour un gérant de société
Pour un gérant qui se rémunère par salaire, la disparition des classes d’impôt modifiera le calcul de la retenue à la source de l’ensemble du personnel — y compris la sienne. Les arbitrages classiques entre salaire et dividendes, souvent optimisés en fonction de la classe d’impôt du dirigeant, devront être réexaminés à l’approche de 2028 : un dirigeant aujourd’hui en classe 2 grâce à son mariage peut voir son impôt personnel évoluer sensiblement avec le barème unique, tandis que la tranche exonérée doublée bénéficiera plutôt aux rémunérations modestes. Le bon réflexe : faire tourner les deux scénarios (régime transitoire collectif vs imposition individuelle) sur votre situation réelle avant de figer votre politique de rémunération.
Et pour les salariés frontaliers ?
Les salariés non-résidents — majoritaires dans beaucoup de PME luxembourgeoises — seront eux aussi soumis au barème unique en 2028. Les employeurs doivent s’attendre à des questions de leurs équipes sur l’évolution de leur net, et anticiper la communication : à brut égal, le passage à l’imposition individuelle produira des gagnants et des perdants selon la composition du ménage. Une simulation de paie avant/après par profil type est un bon outil pour préparer ces conversations.
Déjà en vigueur en 2026 : ce qui impacte votre paie et vos charges
Cotisations de pension : de 24 % à 25,5 %
Depuis le 1er janvier 2026, le taux global de la cotisation d’assurance pension est passé de 24 % à 25,5 %, réparti à parts égales entre le salarié, l’employeur et l’État. Concrètement, la part salariale et la part patronale passent chacune de 8 % à 8,5 %. Pour un employeur, cela renchérit légèrement le coût de chaque embauche ; pour un salarié, le net baisse mécaniquement à salaire brut constant. Nos simulateurs de salaire brut/net et de coût employeur intègrent déjà ces nouveaux taux 2026.
Prévoyance-vieillesse : plafond porté à 4 500 €
Le plafond de déduction des contrats de prévoyance-vieillesse (article 111bis L.I.R.) passe de 3 200 € à 4 500 € par an. Pour un indépendant ou un gérant, c’est un levier simple d’optimisation fiscale, à combiner le cas échéant avec un régime complémentaire de pension au niveau de la société.
Continuer à travailler après l’âge de la pension anticipée
Le nouvel abattement dit « AMVP » permet de déduire jusqu’à 9 000 € par an (750 € par mois) du revenu imposable pour les personnes qui remplissent les conditions de la pension anticipée mais choisissent de poursuivre leur activité. Une mesure à connaître pour les dirigeants seniors comme pour leurs salariés expérimentés.
Un coup de pouce pour l’investissement dans les start-up
Le paquet fiscal 2026 introduit également un crédit d’impôt de 20 % pour certains investissements dans de jeunes entreprises innovantes, avec un seuil d’investissement minimal et un plafond annuel. Les conditions d’éligibilité étant précises, vérifiez votre situation avec votre fiduciaire avant d’investir.
Employeurs : le droit à la déconnexion est devenu obligatoire
Depuis le 4 juillet 2026, toutes les entreprises dont les salariés utilisent des outils numériques à des fins professionnelles doivent avoir mis en place un régime garantissant le droit à la déconnexion en dehors du temps de travail. Le dispositif doit être défini au niveau de l’entreprise (ou par convention collective) et son absence expose l’employeur à des amendes administratives de l’ITM.
En pratique, le régime doit préciser les modalités concrètes d’application : plages horaires pendant lesquelles le salarié n’est pas tenu de répondre, paramétrage des outils (différé d’envoi des e-mails, statuts d’absence), et actions de sensibilisation de l’encadrement. Même une petite structure de deux ou trois salariés est concernée dès lors qu’ils utilisent un smartphone ou une messagerie professionnelle. Si ce n’est pas encore fait, intégrez-le à votre règlement interne sans attendre.
Créer sa société devient plus simple
Bonne nouvelle pour les porteurs de projet : l’État poursuit la simplification administrative avec la fusion progressive des démarches de création — autorisation d’établissement, immatriculation à la TVA et matricule employeur — vers une procédure unifiée. Combinée à la réforme de 2026 qui permet de libérer le capital d’une SARL après la constitution, la création d’une société au Luxembourg n’a jamais été aussi accessible.
Comment se préparer dès maintenant ?
- Vérifiez vos fiches de paie 2026 : les nouveaux taux de cotisation pension (8,5 % salarié) doivent être appliqués depuis janvier.
- Mettez votre règlement interne à jour avec un dispositif de droit à la déconnexion.
- Profitez des nouveaux plafonds de déduction (prévoyance-vieillesse à 4 500 €) avant la clôture de l’exercice.
- Anticipez 2028 : faites simuler l’impact de l’imposition individuelle sur votre rémunération de gérant et sur vos salariés, surtout si votre foyer bénéficie aujourd’hui de la classe 2.
Questions fréquentes
Ma classe d’impôt disparaît-elle dès maintenant ? Non. Les classes 1, 1a et 2 restent applicables jusqu’à fin 2027. L’imposition individuelle est prévue pour le 1er janvier 2028, sous réserve de l’adoption définitive du projet de loi.
Mon entreprise doit-elle changer quelque chose en 2026 ? Oui, deux points concrets : les fiches de paie doivent appliquer le nouveau taux de cotisation pension (8,5 % de part salariale et patronale), et un dispositif de droit à la déconnexion doit être en place depuis le 4 juillet 2026.
Les couples mariés perdent-ils l’imposition collective ? Pas immédiatement : les couples mariés avant le 1er janvier 2028 bénéficieront d’un régime transitoire leur permettant de rester en imposition collective pendant de longues années, le temps de comparer les deux régimes.
Le projet de loi n°8676 doit encore suivre son parcours législatif : certains paramètres peuvent évoluer d’ici l’adoption définitive. Les chiffres cités correspondent aux mesures annoncées et aux barèmes en vigueur en 2026 — en cas de doute, vérifiez votre situation particulière avec votre fiduciaire.
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